La technique de DMT

Une séance individuelle de DMT passe généralement par quatre phases :

Le patient arrive et raconte ce qui le préoccupe. Après une phase essentielle d’échauffement ou il est dirigé dans la prise de conscience de son propre corps, il est invité à raconter cette fois à travers la médiation du mouvement libre ce qui lui est arrivé, avec le support d’une musique ou non.

Dans cette phase le thérapeute peut soit accompagner le mouvement en miroir (mirroring), soit en être le spectateur-témoin (Witnessing).

Vient ensuite une phase où le patient exprime cette fois dans la parole ce qu’il a vécu pendant la danse. Cet enchaînement des moments peut se répéter plusieurs fois dans une séance.

La phase de verbalisation qui suit l’expérience du mouvement-émotionnel est guidée par la consigne de l’association libre formulée par Freud pour la pratique psychanalytique.

Tout comme le patient « tombe » sur une « formation de pensées[1]», il tombe sur une formation de mouvement corporel.

Le but du travail avec le mouvement dansé n’est pas seulement de réveiller ou refléter la vie intérieure du patient mais de l’encourager à s’éprouver en action.

Le rôle du thérapeute est d’aider le patient dans la construction et l’enrichissement des relations entre son corps et son esprit[2]

La clinique de thérapie par la danse et le mouvement (DMT)

Anamnèse 

Annette, âgée de vingt-huit ans, souffre d’un trouble anxieux dépressif. Elle est prise en charge par le service de psychiatrie et est traitée dans le cadre de l’hôpital de jour.

A l’âge de vingt-sept ans, un diagnostic de cancer de sein est posé. Après une opération pour enlever la tumeur et les ganglions axillaires, elle suit un traitement chimiothérapique pendant une année.

Elle est aussi traitée par 300 mg de Favoxil par jour et par des médicaments hormonaux.

Le traitement en thérapie par la danse et le mouvement débute à la fin de cette année de traitement.

Les séances ont lieu une fois par semaine et durant une heure, ceci pendant un an.

 

Vignette clinique : La forêt d’Annette.

Nous rapportons ici non pas la première mais la deuxième séance.

Annette arrive très excitée. Elle raconte que, le lendemain, sa grand-mère doit passer un examen à l’hôpital: pour se préparer il faut qu’elle boive trois litres d’un liquide « dégoûtant ».

Elle, m’explique qu’elle sait à quel point le liquide qu’il faut boire est mauvais, étant donné qu’elle-même a fait ce même examen l’année dernière, une semaine après avoir reçu le diagnostic du cancer.

Elle prétend être angoissée essentiellement par le goût du liquide (pour sa grand-mère), et non pas les résultats de l’examen; elle ne comprend pas pourquoi ses grands-parents doivent encore souffrir, ils ont assez souffert quand elle était malade.

Elle me regarde et demande : « Alors pourquoi maintenant faut-il souffrir encore ? ».

Annette continue et raconte que, quand elle est angoissée ou quand elle a peur, elle a la nausée ; que son grand-père, quand il s’énerve, court immédiatement aux toilettes: elle pense que la plupart des gens ont la nausée, la diarrhée ou vomissent quand ils sont énervés, angoissés ou qu’ils ont peur.

Elle est certaine que la raison pour laquelle sa grand-mère souffre depuis quelques mois de maux de ventre, est le résultat de toutes les inquiétudes dont elle a souffert pendant qu’elle, Annette, était malade du cancer.

D’après la hiérarchie qu’elle pose, la plus souffrante est la personne malade et après ceux qui l’aiment. D’autant plus que l’examen de sa grand-mère se passe au même hôpital, dans le même service d’oncologie, au même étage où elle a été traitée, seulement à gauche de l’ascenseur.

Silence, elle me regarde d’un air inquiet. Je lui propose une prise de conscience du corps.

Nous nous levons et nous mettons l’une en face de l’autre, toujours très près des chaises ou nous étions assises; une musique lyrique composée pour la méditation nous accompagne.

Nous commençons par un échauffement et nous enracinons les pieds dans la terre (grounding), en créant un espace entre les jambes pour sentir une stabilité.

Nous reposons le bassin au centre de l’équilibre corporel, les genoux détendus, le bas du dos vers l’avant, la colonne vertébrale allongée, la poitrine ouverte, la respiration profonde.

Nous libérons les épaules vers le bas, les bras détendus de chaque côté du corps, le cou souple et la tête droite. Une fois la carte du corps posée et çelui-ci consciemment détendu, nous passons au mouvement dans l’espace

Je marche dans la pièce et elle me suit, nous recherchons un rythme de pas qui nous conviendrait. Ce que nous cherchons est ce qui pourrait nous mettre en mouvement. Annette dit que, pour elle, le redressement se base surtout sur le bas du dos et sur le cou. A un moment, elle dit qu’elle a besoin de se reposer avant de continuer, nous nous rasseyons sur les chaises. Je lui propose de fermer les yeux et de respirer calmement, elle accepte sans résistance et se détend.

Ensuite nous nous relevons et je propose, cette fois, de suivre ses pas et qu’elle me décrive le lieu où nous marchons. Nous sommes dans la forêt, la température est parfaite : 25 degrés, l’ombre est accompagnée de rayons de soleil. Il n’y pas de branches jusqu’à la hauteur des arbres, nous marchons entre les troncs  en écartant des buissons pour créer le chemin. Les arbres ne sont pas trop grands, ils sont jeunes. Il n’y a pas de quoi avoir peur dans cette forêt, la promenade est très agréable.

Quand la promenade se termine nous nous rasseyons, Annette ressent une vague de chaleur, elle est toute rouge. Je lui propose de penser à des choses froides qu’elle aime ; Annette nomme l’eau froide, le jeu et la glace au yaourt et aux mûres.

Je propose un exercice de respiration : trois respirations froides, arrêt et ensuite on recommence.

Ça marche. Annette me demande comment j’ai fait disparaître la bouffée de chaleur : « C’est stupide d’avoir des bouffées de chaleurs à mon âge, je pensais toujours que seulement les femmes âgées en souffraient, mais les médicaments font cet effet ».

Nous convenons que chaque fois qu’elle se sentira angoissée, nauséeuse ou stressée, elle va s’arrêter et respirer trois fois profondément ; plus tard elle pourra me raconter si cela l’a aidée.

A la fin de la séance elle a des difficultés à quitter la pièce ; elle prend ses affaires et les repose, se mouche le nez, me redemande combien de fois respirer en cas de stress, reste debout à côté de la porte, dit plusieurs fois au-revoir et à la semaine prochaine, vérifiant si le rendez-vous aura bien lieu et seulement après, sort.

La clinique de thérapie par la danse et le mouvement (DMT)

Discussion

Au cours de cette séance, Annette expose un parallélisme corps-psyché en comparant l’effet corporel des différentes émotions : nausée, diarrhée, vomissement face à l’énervement, l’angoisse et la peur.

Elle met au compte de la grand-mère aujourd’hui malade l’inquiétude comme source de la douleur. Dans les deux cas le corps a pris la relève du psychisme « selon le terme de J.B. Stora »[3].

Le deuxième aspect remarquable dans cette séance est la démarche prise pour aboutir au mouvement : nous commençons par poser et ressentir le corps, trouver les points d’appui et construire un équilibre, pour ensuite pouvoir passer à la recherche de ce que seraient les éléments qui soutiendraient l’équilibre et qui lui permettraient d’utiliser l’espace et le mouvement pour son expression.

Nous pouvons remarquer l’ouverture de l’imaginaire dans la marche dans la forêt suivie de la verbalisation du sentiment de ne pas connaître son corps lors de la première séance.

 

Conclusion

L’importance de l’expression, de la communication et du mouvement pour le bien-être corporel et psychique est devenue un thème central dans le discours occidental contemporain.

La nature symbolique du mouvement permet de se souvenir, de revivre et d’expérimenter des processus émotionnels, tandis que l’intégration des aspects physiques et psychiques promeut une intégration au niveau verbal et non-verbal de la personnalité et encourage la traduction des mémoires et des sensations en mots et pensées.

La thérapie par la danse et le mouvement, se centre sur le langage gestuel et l’expression corporelle comme façons d’élargir le répertoire émotionnel et la construction de la pensée, tout en ouvrant au thérapeute la possibilité de connaitre l’histoire individuelle.

Le langage corporel-gestuel opère comme médiateur entre le corps, les émotions et la pensée, et permet au patient de retrouver un équilibre.

Cette discipline exige du thérapeute une connaissance du corps, du mouvement, de la pratique analytique, et une écoute subtile de lien corps-esprit.

 

Bibliographie

Chace, M., « Dance as adjunctive therapy with hospitalized patients », Bulletin of the Menninger Clinic no. 17, 1953.

Serlin, I., »The dialogue of mouvement », in Integration exercise, sports, movement and mind : Therapeutic unity, The Haworth Press, New York, 1998.

Stora, J.B., Quand le corps prend la relève, Odile Jacob, Paris 1999.

Whithouse, M.S., « Physical Mouvement and Personality », Analitical Psychologie Club, Los Angeles 1963.

[1] S. Freud, Métapsychologie, op.cit. p. 51.

[2] En utilisant le terme esprit il s’agit d’envelopper le contenu que forme l’unité du corps avec son âme et les possibilités de comportements potentielles.

[3] J.B. Stora, Quand le corps prend la relève, Paris, Odiel Jacob, 1999.

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